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Robert Cramer préside la fondation du PAV

Robert Cramer et Saskia Dufresne

Répondre au réchauffement climatique, voilà le défi des futurs quartiers à la Praille, assure son nouveau président. Pour cela, il faudra du vert et des espaces publics généreux.

Article de la Tribune de Genève, par Christian Bernet, 16 juin 2020

Robert Cramer a été l’un des conseillers d’État convaincus de transformer la zone industrielle de la Praille en un nouveau quartier de la ville. C’était en 2005. Aujourd’hui, l’écologiste est devenu le président de la Fondation PAV, pour Praille-Acacias-Vernets. Cet organe étatique, qui a tenu ce mardi 16 juin sa première séance, va jouer un rôle de premier plan dans la mutation du secteur. Il collaborera étroitement avec la direction du PAV, unité du Département du territoire et dirigée par Saskia Dufresne. Interview croisée.

Robert Cramer, êtes-vous le nouveau patron du PAV?
Robert Cramer: Non, je ne suis pas le patron du PAV, mais uniquement celui de sa fondation. Ma mission consiste à trouver les meilleures solutions possible pour les entreprises amenées à quitter le secteur et à négocier avec les promoteurs qui vont leur succéder et construire le programme prévu, à savoir 12’400 logements et 6200 emplois. Je serai un intermédiaire entre la direction du PAV, qui planifie le secteur, et la Fondation des terrains industriels (FTI), l’interlocuteur des entreprises.

Le projet a quinze ans et on n’a toujours pas planté un clou. Quand est-ce que cela va changer?
Cramer: Je vous trouve sévère. Un travail considérable a déjà été fait. Des plans d’aménagement et des lois ont été adoptés. Pour cela, il a fallu trouver un consensus politique. Aujourd’hui, plusieurs projets sont prêts à démarrer et les discussions pour la création d’un grand parc sur le site du centre logistique de la Migros sont bien avancées.
Saskia Dufresne: Le PAV est l’une des plus grandes mutations urbaines en Europe. On ne s’engage pas à la légère dans un tel projet, surtout si on veut de la qualité.

Quels seront les premiers projets à démarrer?
Dufresne: Les autorisations de construire pour la caserne des Vernets sont tombées la semaine passée. Sauf recours, le chantier pourrait démarrer d’ici à l’automne. Cela représente 1500 logements. Le permis de construire pour la Marbrerie, dans le secteur de Grosselin, a aussi été délivré. Puis viendra, dans le secteur de l’Étoile, le projet porté notamment par la banque Pictet.

Qu’en est-il des autres secteurs, dont on attend toujours les plans de quartier?
Dufresne: Le plus grand périmètre qui va se développer s’étend entre les routes des Acacias et des Jeunes. Il offre un potentiel de plus de 3000 logements. Nous avons récemment décidé de le réexaminer sous l’angle de la qualité, pour s’assurer que les espaces publics et les dégagements soient suffisants. Par ailleurs, nous avons décidé de conserver un ensemble de petites maisons près de la route des Acacias, le long du chemin de Ternier. Cela nous a retardés de quelques mois mais nous sommes satisfaits du résultat. Le plan de quartier sera bientôt mis en consultation publique. Les autres secteurs sont Grosselin et l’ancien site de Firmenich, pour lequel il y a déjà eu un concours.

Le projet des Vernets inquiète déjà par sa forte densité. À quoi vont ressembler les futurs quartiers?
Cramer: Nous allons faire la ville du XXIe siècle. C’est-à-dire la ville conçue pour répondre au réchauffement climatique. Ce sera la préoccupation principale. Cela signifie des espaces publics généreux, des plantations, des parcs et de l’eau, par la remise à ciel ouvert de la Drize et de l’Aire. Nous allons faire quelque chose qui n’a jamais existé. Pour cela, j’aimerais qu’on se mette à rêver, à avoir des expériences poétiques.

Du vert et des espaces. Comment pouvez-vous garantir cela?
Cramer: Ce n’est pas du baratin. La Fondation aura cette responsabilité. En mettant ses terrains à disposition à travers des droits de superficie, elle pourra faire valoir ses exigences, obtenir de beaux bâtiments, des arbres, etc. Si on veut réaliser quelque chose au PAV, il faudra être à la hauteur des exigences des Genevois. C’est notre boulot.
Dufresne: Ces exigences font partie de la planification de l’État, et nous les imposerons dans les projets. La remise à ciel ouvert d’une rivière ne doit pas déboucher sur un vulgaire canal, mais sur un vrai projet urbanistique agréable pour les habitants. Cette qualité est nécessaire car le PAV sera dense, effectivement. On ne va pas faire la ville à la campagne, ni de la banlieue. Il y a aura une forte mixité sociale et un mélange entre habitats et logements. On sent bien les inquiétudes par rapport à ces nouveaux quartiers, et cela nous met au défi d’y apporter de la qualité.

Si on multiplie les espaces verts, les opérations seront moins rentables. Qui va payer?
Les coûts seront mutualisés. Si l’État doit gagner de l’argent un peu plus tard que prévu, cela ne me gêne pas du tout.

Une piste cyclable suffit à créer la polémique. Comment sera la circulation au PAV?
Cramer: On ne va pas refaire la ville du XXe siècle. Avec une forte densité, il ne sera pas possible d’aller partout en voiture. Il y aura de grands parkings mutualisés aux abords du périmètre pour alléger le trafic individuel au minimum, histoire de laisser de la place au trafic professionnel.

Pour libérer les terrains, il faudra déménager les entreprises. Quelle est votre stratégie?
Cramer: J’aimerais dire que nous serons les amis des entreprises. Nous allons travailler main dans la main pour leur trouver les meilleures solutions, en collaboration avec la FTI (lire ci-dessous). Chaque entreprise est un cas particulier et sera traitée avec soin.

Des entreprises voudront profiter de la situation en réclamant le maximum. Comment éviter la surenchère?
Cramer: Nous sommes une fondation de droit public, avec des principes comme la légalité et l’égalité de traitement. Le mètre carré ne peut pas être payé à la tête du client. La valeur des bâtiments sera fixée par des expertises. Après, il peut y avoir une petite marge de négociation. Cela existe déjà quand l’État achète des terrains.

Ces transactions seront-elles publiques?
Il y a le secret des affaires. En revanche, la transparence sera absolue dans le conseil de fondation, où tous les partis et les milieux économiques concernés sont représentés. Les règles seront par ailleurs publiques, dans l’intérêt de tous.


La Fondation PAV

La Fondation a pour mission de libérer les terrains appartenant à l’État et occupés par les entreprises au bénéfice de droit de superficie. Elle négociera avec les sociétés la reprise de ces droits et leur proposera des solutions de relogement. La Fondation est dotée d’un capital de 450 millions de francs, correspondant à la valeur des terrains. Elle est composée de 18 membres, représentant les partis et les secteurs économiques et immobiliers.