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Michel Balestra s’exprime sur le PAV et la relocalisation d’entreprises

Tandis que dans le cadre du projet Praille-Acacias-Vernets (PAV), la FTI s’est engagée à accompagner le déménagement des entreprises situées sur cette parcelle, Michel Balestra, co-fondateur de Balestrafic, nous livre sa position d’entrepreneur.

Quels sont pour vous les principaux enjeux auxquels sont confrontés les entreprises en cas de relocalisation ?

Tout le monde est d’accord pour dire que le projet du PAV est une excellente idée urbanistique. Toutefois, avec aujourd’hui pas moins de 1’500 entreprises et 20’000 emplois dans la région, il en va de la bonne santé économique du canton d’offrir aux sociétés relocalisées des propositions de substitutions qui leur permettent de conserver leurs avantages concurrentiels. De fait, la région de la Praille est aujourd’hui essentiellement dédiée à la logistique. Ainsi, les sociétés tournées vers les marchés nationaux et internationaux trouveraient sans doute un positionnement idéal du côté de Versoix. Pour celles qui sont orientées vers le centre-ville, leur emplacement actuel est idéal. En cas de relocalisation, les solutions de remplacement doivent prendre cela en compte. Mais je suis convaincu que les autorités comprennent ces enjeux. Si les propositions existent et sont pertinentes, les entrepreneurs n’ont aucune raison de s’arcbouter sur leurs superficies.

Que disent les entrepreneurs que vous rencontrez par rapport au projet du PAV ?

L’une des principales craintes concerne le trafic. Lorsqu’on sait que l’Etat a la maîtrise de près de 80% des terrains, les entrepreneurs résidents souhaitent que des solutions soient trouvées pour accompagner l’urbanisation de la zone et fluidifier la circulation.

L’autre question importante pour un entrepreneur concerne la solidité de ses droits, notamment de superficie. En effet, le premier devoir d’un chef d’entreprise, selon la loi sur les SA, est de défendre les intérêts légitimes de ses créanciers, à savoir principalement les caisses de pension et les employés. Sachant qu’un droit de superficie en propriété est un actif au bilan de la société, une dévalorisation aurait de lourdes conséquences.

En l’occurrence, les entreprises sont pour la plupart titulaires d’un droit de superficie jusqu’en 2060. Cela constitue un acte juridique solide avec l’Etat. Partant de là, les entrepreneurs sont dans l’attente de propositions leur permettant d’avoir des conditions d’exploitations équivalentes ou meilleures que dans le PAV.

En raison de sa situation particulière en périphérie de la zone PAV, votre entreprise n’est pas touchée par une relocalisation. Mais dans le cas contraire, quels critères primeraient ?

En ce qui concerne Balestrafic, mon entreprise a trois activités : le déménagement, la distribution dernier kilomètre avec une plateforme de transbordement rail-route et route-route dans notre entrepôt, et le stockage.

Le déménagement pourrait être transféré sans problème. Le stockage également, mais seulement pour la part, moindre, qui ne sert pas au réassort de la distribution. Quant au transport dernier kilomètre, je ne pourrais pas le déplacer sans perdre notre avantage compétitif que constitue la connexion au réseau ferroviaire pour le transbordement et la proximité du centre-ville pour une distribution efficace. Les dégâts d’un déménagement de cette activité seraient économiques et écologiques. Nous serions obligés d’arrêter l’activité de transport et de transbordement rail-route car nous perdrions en compétitivité face aux 40 tonnes qui viennent directement par l’autoroute. Cela signifie un tiers des emplois et du chiffre d’affaire en moins.

Les zones industrielles de la rive droite sont notamment prévues pour accueillir des entreprises actuellement sises au PAV. Qu’en pensez-vous ?

Cela dépend encore une fois totalement des besoins logistiques de l’entreprise et des coûts de l’éloignement pour un entrepreneur. Lorsqu’une entreprise tient un marché et pratique des marges dans le transport entre 2 et 8%, son activité d’abord bénéficiaire peut vite devenir déficitaire en cas de déménagement.

Quel environnement industriel fait rêver l’entrepreneur que vous êtes?

La zone actuelle, agréable et confortable, me paraît déjà idéale, notamment pour les raisons déjà évoquées. En fait, ma zone industrielle de rêve est celle qui permet de concentrer mon activité comme maintenant, et ainsi d’assurer une bonne productivité, la rentabilité de l’entreprise et de conserver les emplois. J’ai un sens de l’intérêt général qui fait que s’il est possible d’assurer ces éléments pour mon entreprise en étant ailleurs, je l’accepte s’il y a une solution d’échange pertinente.

Je suis conscient maintenant que le premier problème à Genève concerne le logement. D’une zone qui était idéale pour l’industrie, on fait un terrain qui sera idéal pour le logement. Pour le réaliser, il faut trouver d’autres zones dévolues aux entreprises. Un équilibre est donc à trouver entre entre le logement et l’emploi pour éviter que l’un se fasse au détriment de l’autre.

Ce n’est pas facile de construire une ville.

Selon vous, quel devrait être le rôle de l’Etat et de la FTI dans ce dossier ?

L’essentiel est que le processus respecte les contrats qui ont été signés entre les entrepreneurs et l’Etat. Dans une économie de marché libérale, les contrats sont sacrés. Leur respect est l’un des fondements nécessaires à la confiance, qui inciteront les entrepreneurs à investir pour leur leur société.

L’Etat ou FTI n’ont aucun intérêt à vider la zone tant qu’aucun projet concret n’est en force. Il est plus constructif selon moi d’évaluer d’abord le rendement de chaque projet par rapport aux charges d’expulsion, puis de négocier avec les entreprises sur cette base, au coup par coup. Délocaliser les entreprises de manière globale et vider la zone sans tenir compte de ces paramètres me semblerait précipité et contreproductif.

Michel Balestra se définit comme un autodidacte qui fait de la politique. Il a été député libéral durant 12 ans et président du Parti libéral. Il est par ailleurs depuis longtemps impliqué dans les services publics, puisqu’il a présidé la Chambre de commerce et d’industrie de Genève, les HUG durant sept ans et SIG depuis juin 2014.

Michel Balestra est co-fondateur de l’entreprise Balestrafic avec Didier Genecand. Chacun détient 50% du capital.

Balestrafic, entreprise familiale qui compte aujourd’hui 75 collaborateurs, est l’un des principaux acteurs du déménagement à Genève.

La société réalise un chiffre d’affaire de 10,5 millions de francs répartis dans ses trois activités principales :

– Déménagement local et international (6 millions de francs)
– Stockage (1 million de francs)
– Transport dernier kilomètre (3,5 millions de francs)

L’entreprise est locataire d’une superficie de 1 hectare, dont 1’800 m2 sont dédiés à l’entreposage de containers (piles de 6 containers de hauteur). Elle est propriétaire des murs.