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MEF 2017 – Points forts

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La 3ème édition du MEF s’est déroulée en présence d’invités de renom. En tant que partenaire de cette édition, la FTI a prôné les avantages des écoParcs industriels en invitant les entreprises meyrinoises à s’impliquer dans la gestion des parcs au sein de l’AZI.


« L’écologie industrielle, source de profit ? »

Mardi 31 janvier 2017 à 17h, Aula de l’école des Boudines

Compte-rendu rédigé par Ariane Hentsch


MEF 2017 : L’écologie industrielle, source de profit ? 

L’économie genevoise est prospère et performante et attire les travailleurs et entreprises loin à la ronde. Elle comporte toutefois une fragilité due à sa forte dépendance aux ressources qu’elle importe en raison de l’exiguïté de son territoire.

Pour répondre à ce défi, certains acteurs économiques genevois ont développé des projets en leur appliquant le concept d’écologie industrielle.

L’écologie industrielle cherche à rendre un système économique durable à long terme en s’inspirant des écosystèmes naturels pour optimiser les activités industrielles. Dans ce cadre, les rejets produits par une activité économique deviennent les ressources d’une autre activité économique.

Cette démarche engendre un double bénéfice: la réduction de la consommation de ressources naturelles et la diminution des déchets.

Genève est le premier canton suisse à avoir introduit l’écologie industrielle de manière explicite dans ses politiques publiques (Loi sur l’énergie 2010, Constitution genevoise 2012). En 2017, comment les entreprises s’adaptent-elles à ce nouveau paradigme ? L’industrie peut-elle en tirer profit ? L’économie genevoise parviendra-t-elle à en faire un avantage concurrentiel ?

Pour débattre de ces questions cruciales pour l’avenir des entreprises de la région genevoise, la ville de Meyrin en partenariat avec la FTI et la Tribune de Genève a convenu la 3ème édition du Meyrin Economic Forum en compagnie d’experts du monde économique romand, de magistrats, d’élus et de collaborateurs du Canton et des grandes communes genevoises. Environ 220 personnes étaient présentes durant les interventions et les échanges qui se sont poursuivis autour d’un apéritif convivial.


MEF 2017 – POINTS FORTS

 

MOTS DE BIENVENUE

Nathalie Leuenberger, maire de Meyrin

 « Nous nous proposons de vous accompagner vers la réalisation d’un objectif commun, l’essor durable de notre région économique. »

En ouverture du MEF 2017, Nathalie Leuenberger a rappelé la place unique qu’occupe Meyrin dans la région. Avec Vernier et Satigny, Meyrin bénéficie du « pôle économique le plus diversifié et le plus important de toute la région, avec […] 45’000 emplois, 3’000 entreprises actives dans pas moins de sept pôles d’excellence, et […] un potentiel élevé d’innovation et autant de possibilités de synergies et de mutualisations. »

S’adressant aux entreprises, elle a mis en avant l’engagement du Conseil administratif meyrinois à soutenir le tissu économique local tout en visant à faire de Meyrin une ville durable : « La ville de Meyrin aspire à jouer son rôle : dans le cadre défini par l’autorité cantonale, nous nous proposons de vous accompagner vers la réalisation d’un objectif commun, l’essor durable de notre région économique. Avec près de 500 collaborateurs, la ville de Meyrin souhaite agir comme partenaire-facilitateur pour contribuer au développement de vos entreprises et pour relayer le nécessaire dialogue avec les autorités compétentes. »

Dans ce cadre, le MEF sert de « plateforme fédératrice et génératrice des synergies » entre entreprises, et concrétise, tout comme les partenariats publics-privés et la démarche communale « écoparcs » destinée à s’amplifier en 2017, les objectifs stratégiques de développement économique du Conseil administratif meyrinois. Nathalie Leuenberger comprend la mobilisation des participants au MEF comme une « affirmation collective » que les échanges sont nécessaires pour définir les synergies et collaborations nécessaires. Elle révèle aussi l’attention portée au paradigme de la durabilité qui demande une évolution des cultures politique, économique, environnementale et sociale.

 

Philippe Meyer, délégué aux affaires économiques de la ville de Meyrin

A proximité de Genève et au cœur du réseau de communications genevois (rail, route, aéroport), la zone industrielle meyrinoise jouit d’une position privilégiée, et offre encore des espaces libres pour l’implantation de bâtiments industriels. Meyrin jouit d’un très grand dynamisme dans des secteurs où certaines entreprises sont à la pointe de leur métier : hautes technologies, aviation d’affaire, maintenance aéronautique, parfums et arômes, horlogerie, santé. Nombre de petites entreprises affichent également un dynamisme remarquable, notamment dans le secteur clean-tech. C’est dans ce contexte stimulant et positif souligné par Philippe Meyer que Meyrin verra bientôt l’implantation d’écoparcs dans sa zone industrielle.


INTERVENTIONS

 L’écologie industrielle, source de profit ? – Suren Erkman, EPFL

 « L’écologie industrielle, c’est l’avenir de l’économie en général. »

 

 Petit historique industriel

L’activité économique existe depuis longtemps dans nos régions – il y a 10’000 ans, une proto-industrialisation était déjà observée dans l’arc alpin. Au 19ème siècle, la machine à vapeur a intensifié l’extraction minière et donné naissance à notre système industriel basé sur l’exploitation des combustibles fossiles.

Ce système a généré une élévation du niveau de vie sans précédent, une augmentation rapide de la population mondiale, mais aussi une pollution massive de l’environnement naturel. Les solutions déployées au niveau du rejet des déchets ont eu un effet immédiat sur l’environnement, mais pas sur la consommation des ressources ou la production des déchets.

La conscience écologique internationale qui a pris corps au début des années 1990 se manifeste aujourd’hui notamment dans ce qu’on appelle l’écologie industrielle.

 

L’écologie industrielle : qu’est-ce que c’est ?

L’écologie industrielle étudie l’impact sur la biosphère de notre système économique dit « industriel », qui inclut les trois grands secteurs d’activités (primaire, secondaire, tertiaire). Elle s’inspire des écosystèmes naturels pour optimiser les processus de production et les rendre compatibles avec l’environnement. Elle cherche notamment à transformer les déchets de la production industrielle en nouvelles ressources exploitables.

Cette démarche est systémique ; elle se situe au niveau des réseaux d’acteurs économiques. Elle nécessite le calcul des divers métabolismes économiques (stocks et processus) pour mesurer le potentiel d’économie à des échelles variées.

 

Que faire ? Les parcs éco-industriels

Au niveau systémique, il faut « boucler » les flux en les rendant quasi cycliques, « étanchéifier » le système pour minimiser les pertes, « intensifier » la production en diminuant le ratio ressources/produit, et « dé-carboniser » l’industrie pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles.

Les parcs éco-industriels constituent un lieu propice à la mise en œuvre de l’écologie industrielle. En rassemblant des entreprises performantes sur le plan environnemental et aptes à établir des symbioses industrielles (synergies inter-entreprises), ils présentent les avantages des parcs industriels tout en atténuant leur impact environnemental. Leurs initiatives environnementales et socio-économiques collectives accroissent leur attractivité et dynamisent le tissu économique local, notamment en créant de nouvelles activités et métiers. Ces parcs joueront un rôle croissant dans les politiques de développement durable tout en créant les modes de gouvernance novateurs nécessaire à ces politiques.

 

Infos :

www.genie.ch

http://ge.ch/environnement/ecologie-industrielle


Table ronde

Modérateur : Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève

 Afin d’exemplifier et rendre plus concrète la notion d’écologie industrielle, le MEF a invité trois orateurs responsables de grands sites industriels ou de services ayant mis en œuvre des démarches de développement durable.

 

Thomas Suter, administrateur chez Nestlé, a développé de nombreuses approches collaboratives entre les sept entités juridiques du site d’Orbe.

 « Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. »

 La cohabitation des activités de recherche & développement et de production constitue le principal axe de diversité et de complexité du site d’Orbe. L’action de Nestlé s’est concentrée sur toutes les synergies possibles entre les entités du site : sûreté, services, santé, restauration, énergie, déchets, etc. L’incinération du marc de café produit 35% de l’énergie nécessaire au site et génère une économie d’environ 35% des coûts énergétiques. Un projet d’alimentation en chaleur d’un futur quartier voisin est en cours. Le tri à la source et la revalorisation des déchets permet une meilleure hygiène et moins d’entretien pour ce site zero waste.

 

Hugues de Beaupuy, directeur du Parc industriel de la Plaine de l’Ain (PIPA), propose de nombreux services éco-industriels mutualisés ainsi qu’une démarche environnementale affirmée.

Le PIPA est une zone d’activités de 865 ha qui accueille 5’700 emplois et 153 entreprises dans les trois grands secteurs économiques. Le parc ne pratique pas l’écologie industrielle au sens strict mais sa vision initiale inclut une diversité des activités et métiers, et le respect de l’environnement. Sa gestion privée-publique vise des objectifs d’animation et de durabilité. Les équipements et certains services sont mutualisés, la gestion est labellisée verte et sociale, et un suivi HSE (hygiène, santé, environnement) est effectué.

 

Nicolas Froelicher, directeur général de l’Hôpital de la Tour, s’engage dans une démarche de développement durable dans cet établissement de soins.

L’Hôpital de la Tour compte un taux d’activité équivalent à 765 temps pleins. Un projet qualité EcoAttitude a été mis en place pour réduire la consommation d’eau et d’énergie, optimiser le tri des déchets, et raccorder le site aux réseaux de chauffage et de froid à distance. L’Hôpital participe au programme Négawatt des SIG, construit ses nouveaux bâtiments aux normes Minergie et a mis en place une politique de sensibilisation interne. L’Hôpital participe également au nouveau référentiel « Etablissements de soins responsables » adapté du programme EcoEntreprise, référence au niveau suisse.

Comme l’a souligné Suren Erkman, l’écologie industrielle ne se limite pas aux synergies inter-entreprises, mais peut se développer au sein même d’une entreprise, comme chez Nestlé à Orbe, ou, encore entre entreprises et collectivités publiques, comme à Meyrin où les autorités animent un projet d’un réseau de chauffage à distance impliquant les SIG, l’Hôpital de la Tour, et les constructeurs du nouveau quartier des Vergers.

Dans le public, on s’est interrogé sur la transformation des déchets pour les rendre exploitables. Nestlé à Orbe a établi des partenariats avec des entreprises extérieures, alors qu’à l’Hôpital de la Tour, les déchets spécifiques à l’activité ne peuvent légalement pas être recyclés. Dans tous les cas, la revalorisation nécessite une planification en amont, la création de nouveaux métiers, et une attention au bilan carbone.


Les écoParcs industriels à Meyrin – Yves Cretegny, directeur de la FTI

La FTI se penche depuis quatre ans sur la mutation des zones industrielles en parcs industriels avec une qualité de vie accrue pour les usagers, en s’efforçant de détecter et/ou planifier les symbioses possibles à l’échelle du parc, mutualiser les services, encourager les plans d’aménagement alternatifs (animation du lieu), et instaurer une gouvernance participative à l’échelle des parcs.

Yves Cretegny a invité les industriels meyrinois à s’impliquer dans la gestion des parcs à Meyrin en adhérant à l’Association des entreprises des communes de Meyrin, Satigny et Vernier (AZI), et à la plateforme www.genie.ch pour recenser et cultiver toutes les opportunités possibles. 


Mot de clôture – Pierre Maudet, conseiller d’Etat, chef du Département de la sécurité et de l’économie

Pierre Maudet a remercié Meyrin pour l’organisation du MEF, qui offre aux acteurs économiques locaux une parenthèse autour d’une vision à partager et débattre. Il a évoqué une rencontre le matin même à Meyrin avec le conseiller fédéral Ueli Maurer, à qui il a cité Meyrin comme l’exemple d’une commune qui applique de façon équilibrée les trois dimensions du développement durable. Pierre Maudet croit personnellement en la pertinence du développement durable et en la circularité des écosystèmes économiques et industriels, et affirme l’engagement actuel et futur du Canton dans ce domaine. Il a appelé à soutenir les PME, qui constituent un pan important de l’économie locale, en votant oui à la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) et conclut en soulignant la capacité admirable de Meyrin d’entretenir la notion de proximité, gage de bon fonctionnement de notre société.


Encart (facultatif) :

Dans son discours d’ouverture, Mme Leuenberger a regretté le déséquilibre des genres parmi les personnalités officielles. Elle a adressé un salut distingué aux femmes présentes dans l’assistance et encouragé chacun à poursuivre ses efforts et ses engagements « pour faire de ce monde un monde plus juste et digne ».

En réponse à l’appel de Mme Leuenberger, le professeur Erkmann a souligné la nécessité de redéfinir, afin d’attirer les femmes, les profils des postes et des thématiques dans les divers secteurs économiques. De façon analogue, une réflexion en amont du MEF sera nécessaire pour favoriser la participation des femmes, a-t-il fait remarquer.