Les défis colossaux du recyclage des déchets de chantier

Rédaction Lucie Monnat | Bilan Magazine | 20 avril 2026

Alors que 80% des déchets proviennent du secteur de la construction, le recyclage reste peu encadré. À Genève, la nouvelle éco-plateforme fait face à des enjeux de taille.

Joel Pythoud, directeur d'Ecosor, centre de traitement et de dépollution des matériaux de chantier à Genève. ©Jordi Ruiz Cirera pour Bilan

Un bout de semelle pointe au milieu d’un gros tas de poussières et de gravats. On trouve de tout sous ces deux halles de 3500 et 2000 m², aux hauteurs de plafond vertigineuses. La première abrite les déchets de chantier «propres», la seconde les pollués. Dans les deux, des traces de l’utilisation humaine des sols sur des dizaines d’années, voire plus: d’anciennes fioles de médecine, des théières, et même des flacons de pâmoison, ces petits boîtiers destinés à réanimer les femmes opprimées par leurs corsets trop serrés.

«Mais jamais d’or, malheureusement», plaisante Joël Pythoud, directeur d ’Ecosor, l’exploitant, à côté de l’entreprise Grisoni-Zaugg, de l’Eco-plateforme-Lignon (EPL). Le centre de traitement et de dépollution des matériaux de chantier à Genève fonctionne depuis fin 2025. Il était temps: «Le public connaît surtout les déchets urbains. Mais tout le monde ignore que le plus gros flux de déchets est lié aux chantiers.»

Le secteur de la construction représente 80% des rebuts produits en Suisse. La loi exige une élimination respectueuse de l’environnement et, si possible, en Suisse, avec recyclage «dans la mesure du possible».

Loi sur les déchets mal appliquée

Les ordonnances encadrant la loi laissent un flou qui permet aux producteurs de déchets une certaine marge. Il revient aux cantons de déterminer comment appliquer la loi. «Et les cantons ne décident pas», résume Joël Pythoud. Seul Zurich s’est donné des normes extrêmement strictes en la matière, il y a de cela plus de vingt ans.

Résultat, dans la grande majorité des cantons, les constructeurs choisissent la solution la moins chère. La Suisse exporte ainsi massivement ses déchets de chantier: le rapport le plus récent relève qu’en 2022 elle a livré près de 827’000 tonnes de «déchets municipaux» à ses voisins, ainsi que près de 15’000 tonnes aux Pays-Bas. Quelque 5 millions de tonnes de déchets de chantier finissent dans nos décharges ou nos centres d’incinération.

L’un des nerfs de la guerre repose donc sur le transport, coûteux et polluant. À Genève, de plus en plus serrés dans la cuvette, les promoteurs construisent depuis quelques années sur d’anciennes friches industrielles dont les sols sont pollués. Mais les décharges genevoises sont peu nombreuses et les évacuations se font par des camions surchargeant les routes.

Le transport ferroviaire, une denrée rare

C’est dans cette optique que la Fondation pour les terrains industriels de Genève (FTI) a facilité l’installation de l’éco plateforme du Lignon. C’est ainsi le premier centre du canton qui respecte entièrement la législation en vigueur. Le site possède une denrée rare: deux voies passant juste devant l’entrée des halles (…)